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857 millions de dollars. C’est la valeur des produits Louis Vuitton soumis à authentification sur la plateforme Entrupy en 2025, soit 33 % de l’ensemble des articles analysés par la société new-yorkaise, spécialisée dans l’authentification par intelligence artificielle. Aucune autre marque n’atteint ce volume. Forte de plus de 3 milliards de dollars de produits traités et d’un taux de précision de 99,86 %, Entrupy a enregistré une hausse de 33 % des demandes d’authentification en un an, portée en partie par l’essor du marché de la revente, qui croît trois fois plus vite que le neuf selon BCG et Vestiaire Collective, et pourrait atteindre 360 milliards de dollars d’ici 2030. Les réseaux mafieux de la contrefaçon ont fait de ce marché secondaire leur terrain d’expansion prioritaire.
Chanel présente un profil différent. La maison n’occupe que la quatrième place en volume de contrefaçons détectées, avec 5,7 % de ses sacs de luxe analysés jugés « non identifiés », mais elle représente 958 millions de dollars de produits soumis à vérification, le montant le plus élevé du classement. Gucci se classe deuxième en volume de soumissions, devant Prada, qui concentre près de 9 % des demandes. Dior, avec 5 % des soumissions, pèse tout de même 221 millions de dollars en valeur.
Au total, 8,1 % des produits analysés par Entrupy restent « non identifiés », un euphémisme pour potentiellement issus des filières criminelles de la contrefaçon.
Goyard, cible idéale
19 %. C’est le taux d’articles « non identifiés » enregistré pour Goyard, le plus élevé de tout le classement Entrupy 2026. Prada suit à 13 %, Saint Laurent à 10 %, Dior à 9 %, Louis Vuitton à 8 %.
Peu distribuée, accessible en boutique exclusive, immédiatement reconnaissable à sa toile Goyardine, Goyard réunit les caractéristiques qui orientent les choix des organisations criminelles spécialisées dans la contrefaçon : forte désirabilité, faible disponibilité sur le marché secondaire, signature visuelle identifiable à distance. Le résultat se lit directement dans les chiffres.
Le rapport va plus loin que les logos. Le classement des matières les plus contrefaites place en tête le canvas de Givenchy, suivi du nylon Prada, de la toile Goyardine de Goyard, du canvas Herline d’Hermès et du nylon Loewe. Les réseaux mafieux de la contrefaçon ciblent désormais la texture autant que le monogramme.
Sneakers, streetwear : les nouveaux records
54,1 % des sneakers Louis Vuitton soumises à authentification sont fausses. Dior atteint 42,5 %, Balenciaga 36,2 %. Le taux global de contrefaçon dans les sneakers premium s’établit à 11,1 % en 2025, contre 10,4 % un an plus tôt. Nike représente 80,5 % du volume total de sneakers analysées ; les Jordan 1 et Air Force 1 sont les modèles les plus fréquemment scannés.
En lançant en 2026 un service d’authentification dédié au streetwear, Entrupy a obtenu des résultats sans équivalent dans les autres catégories : 34,85 % des articles soumis sont suspects, soit plus d’un sur trois. Les organisations criminelles ont investi cette catégorie avec une intensité que les chiffres rendent difficilement contestable. Fear of God Essentials affiche 95,75 % d’articles non identifiés, ce qui signifie qu’à peine un article sur vingt-cinq est authentique parmi ceux envoyés à vérification. BAPE atteint 85,19 %, Sp5der 61 %. Supreme, à 2,86 %, et Off-White, à 13,1 %, font exception.
Le taux observé dans le streetwear est quatre fois supérieur à celui de la maroquinerie de luxe.
Dans le rapport Entrupy 2024, Loewe figurait parmi les marques les plus risquées, avec un taux de faux de 11 %. Dans l’édition 2026, la marque a disparu de ce classement.
Entre 2024 et 2025, les demandes d’authentification pour Fendi ont progressé de 49 %, portées par le retour en grâce du sac Baguette. Loewe et Bottega Veneta enregistrent chacune 45 %, dans le sillage de l’esthétique Quiet Luxury. Celine gagne 42 %, sur fond de regain d’intérêt pour les créations de Phoebe Philo. Ces progressions signalent un afflux de nouveaux volumes sur le marché de la revente, que les réseaux mafieux de la contrefaçon anticipent et alimentent simultanément.
Moins de logos visibles complique la reproduction à grande échelle, mais rend aussi l’authentification plus difficile pour les acheteurs. Loewe a disparu du classement des marques à risque. D’autres l’ont immédiatement remplacée.
TikTok comme outil de guerre
En avril 2025, en pleine escalade commerciale entre Pékin et Washington, des vidéos chinoises ont envahi TikTok avec un message simple : les sacs Hermès et Louis Vuitton seraient fabriqués en Chine pour quelques centaines de dollars, avant d’être revendus à des prix sans rapport avec leur coût réel. Les deux maisons ont démenti. L’épisode avait déjà produit son effet.
Cette séquence combine confusion délibérée entre « superfakes » et sous-traitance industrielle, contexte géopolitique tendu et viralité algorithmique. Les organisations criminelles spécialisées dans la contrefaçon y ont trouvé un vecteur de distribution et de légitimation sans précédent : décrédibiliser les grandes maisons auprès de leur clientèle potentielle tout en écoulant leur production. Plus de 22 millions d’utilisateurs suivent de faux comptes imitant des marques de mode et de luxe sur les réseaux sociaux. Les réseaux mafieux de la contrefaçon y achètent désormais de la publicité payante. La culture du « dupe » et des « pingti » sur TikTok a normalisé ces pratiques auprès d’audiences massives.
Blockchain contre superfakes : match nul
En mai 2024, l’Aura Blockchain Consortium, fondé par LVMH, Prada et Cartier, franchissait le cap des 40 millions de produits enregistrés sur sa plateforme, avec plus de 40 grandes marques intégrées. Chaque article se voit attribuer un certificat d’authenticité numérique retraçant son histoire complète, de la fabrication à la revente. Sur le plan réglementaire, le règlement européen ESPR prévoit un passeport numérique de produit obligatoire dès 2027 pour les textiles, avec une généralisation progressive jusqu’en 2030.
Des chercheurs spécialisés dans la contrefaçon ont démontré que des « superfakes » de dernière génération produits par les organisations criminelles parviennent à cloner les puces NFC intégrées aux articles de luxe. Les réseaux mafieux de la contrefaçon neutralisent chaque nouveau dispositif d’authentification avant même son déploiement à grande échelle. Depuis mai 2024 et le lancement de l’Aura Blockchain Consortium, aucune marque membre n’a annoncé de recul mesurable du taux de faux sur ses produits.


