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Une palette standardisée, chargée en soute, embarque les munitions et leur système de largage intégré. En vol, un parachute l’extrait par la rampe arrière. Les engins se stabilisent, s’éjectent individuellement, allument leur propulsion et filent vers leurs objectifs. L’A400M, lui, reprend sa route.
Aucune fixation sous voilure, aucun chantier de transformation : le même appareil redevient cargo en quelques minutes. En configuration offensive, l’Atlas peut emporter jusqu’à 50 drones de taille moyenne ou 12 missiles de croisière par sortie. Airbus cite en référence le Taurus KEPD 350 : 5,1 mètres de long, environ 1 400 kilogrammes, conçu pour neutraliser des bunkers et des infrastructures fortement protégées. À cette capacité de largage s’ajoute une connectivité satellite haut débit chiffrée, qui permet de contrôler les drones ou missiles directement depuis la soute en vol.
Quatre A400M coordonnés suffisent à délivrer une salve de 48 missiles en une seule vague, sans mobiliser un seul avion de chasse.
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Airbus a confirmé que le développement se fait avec « un client dont je ne peux révéler le nom ». Le système a été dimensionné autour du Taurus KEPD 350. Parmi les nations opératrices de l’A400M, deux seulement utilisent ce missile : l’Allemagne et l’Espagne.
Le 24 avril 2026, la Luftwaffe recevait son 53e et dernier A400M lors d’une cérémonie à Wunstorf, en présence du ministre de la Défense Boris Pistorius, devenant le plus grand opérateur mondial de l’Atlas. Michael Knoll, responsable du programme chez Airbus, a cité explicitement la variante « Mothership » et le couplage avec des armes palettisées à longue portée. Le même jour, MBDA livrait sa 600e unité de Taurus KEPD 350 à la Luftwaffe.
Six jours séparent l’annonce du 18 avril et la cérémonie de Wunstorf. Les deux agendas se recoupent.
En février 2022, Airbus réalisait en Allemagne du Nord le premier largage en vol d’un Remote Carrier, un drone Do-DT25, depuis un A400M, avec connectivité en temps réel vers l’avion-mère. Dix mois plus tard, en décembre 2022, la Bundeswehr, le DLR et plusieurs industriels allemands participaient à une première mondiale : lancement, opération et remise de contrôle au sol d’un démonstrateur Remote Carrier depuis un A400M en vol. Airbus a qualifié l’essai de « succès complet ».
La Direction générale de l’armement française conduisait sa propre campagne en janvier 2026 : 72 maquettes inertes représentatives de drones éjectées en trois vols, 51 par la rampe arrière, 21 par la porte latérale. Le 14 avril 2026, quatre jours avant la publication d’Airbus, le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’Armée de l’Air et de l’Espace, déclarait devant l’Assemblée nationale que la soute de l’A400M était appelée à devenir « un véritable système de combat ».
Le précédent américain
En août 2021, un premier test impliquant un EC-130SJ et un C-17A démontrait aux États-Unis la faisabilité du largage de missiles JASSM-ER depuis un avion de transport dans le cadre du programme Rapid Dragon. En novembre 2022, lors de l’exercice ATREUS 22 au-dessus de la mer de Norvège, un MC-130J effectuait le premier tir opérationnel complet, avec participation polonaise.
Le conflit ukrainien a depuis imposé la logique du système aux états-majors : frapper à longue distance, avec précision, sans exposer d’équipage à la défense adverse. Le Taurus remplace le JASSM-ER, l’A400M remplace le C-130.
Au printemps 2026, 139 A400M ont été livrés sur 178 commandés, avec 39 appareils encore en carnet de commandes. Chacun peut intégrer le module de frappe sans investissement dans une flotte nouvelle.
La flotte française a atteint sa pleine capacité opérationnelle le 19 juin 2025, lors du Salon du Bourget, avec 24 appareils alignés à Orléans-Bricy. La cible de livraisons, initialement fixée à 50 unités, a été abaissée dans la loi de programmation militaire à 35, puis relevée à « au moins 37 appareils » d’ici fin 2028 par l’amendement contractuel n°288 d’octobre 2024. Des discussions parlementaires portent sur une cible à 41. L’Armée de l’Air et de l’Espace maintient qu’elle a besoin des 50 appareils initialement commandés.
La charge utile certifiée est aujourd’hui de 37 tonnes. La montée à 40 tonnes, par simple mise à jour logicielle et sans modification matérielle, n’est pas attendue avant 2028-2029.
Guerre électronique, Arctique, feux de forêt
L’Armée de l’Air et de l’Espace a confirmé en juin 2025 que l’A400M développera prochainement la capacité de larguer des munitions téléopérées, de conduire des missions de renseignement et d’effectuer des vols à très basse altitude. Des officiers de l’état-major ont évoqué une contribution possible aux missions SEAD, suppression des défenses aériennes ennemies, via saturation, guerre électronique offensive ou lancement de missiles anti-rayonnement. En juin 2025, Airbus remportait un contrat pour équiper 23 A400M allemands de systèmes DIRCM fournis par Elbit Systems, installations prévues jusqu’en 2032.
En version civile de crise, l’Atlas largue jusqu’à 20 000 litres de liquide retardant par la rampe arrière, les réservoirs se remplissant en moins de 10 minutes. La campagne d’essais officielle s’est tenue fin avril 2025 à Nîmes-Garons ; les résultats ont été publiés par Airbus Defence le 26 juin 2025.


